Arcachon : quand on skiait… sur les aiguilles de pin !

Aujourd’hui, Arcachon évoque les plages, les villas de la Ville d’Hiver et les promenades en bord de mer. Pourtant, pendant près de quarante ans, la station balnéaire a accueilli une activité pour le moins surprenante : le ski sur grêpin, une discipline unique qui se pratiquait… sur un tapis d’aiguilles de pin. Une histoire étonnante qui témoigne de l’ingéniosité des Arcachonnais.

Une idée née dans les dunes

Tout commence au début du XXᵉ siècle. Vers 1900, des enfants prennent l’habitude de fabriquer de petites luges pour dévaler la pente de l’allée Corrigan, en Ville d’Hiver. Cette distraction devient rapidement très populaire auprès des jeunes Arcachonnais, notamment des élèves du lycée Saint-Elme.

Face à cet engouement, une première piste est aménagée en 1912 afin d’accueillir des courses de toboggan. Les participants personnalisent leurs luges, auxquelles ils donnent des noms évocateurs comme La Flèche, L’Éclair, Zéphyr, Risque-Tout ou encore La Sirène.

La naissance du ski sur grêpin

En 1938, la pratique prend une nouvelle dimension avec la création du Ski-Club Arcachonnais (SCA). Une véritable piste de descente est aménagée sur une dune située dans le prolongement de l’avenue Pierre-Frondaie, à l’est de la Ville d’Hiver.

Longue d’environ 200 mètres, large d’une vingtaine de mètres et présentant près de 50 mètres de dénivelé, cette piste ne possède évidemment pas de neige. Les skieurs glissent sur un épais tapis de grêpin, le nom gascon donné aux aiguilles de pin qui recouvrent naturellement les dunes.

Une technique bien particulière

Skier sur le grêpin demandait un véritable apprentissage. Contrairement au ski alpin, il était impossible de prendre appui sur des carres : les skieurs évoluaient sur une surface souple, où il fallait constamment garder l’équilibre.

Pour améliorer la glisse, chacun avait ses astuces. Certains appliquaient un mélange de paraffine et de cire sous les skis, tandis que d’autres utilisaient simplement de l’argile. Les organisateurs humidifiaient parfois les aiguilles de pin afin de rendre la piste plus rapide.

Malgré ces moyens rudimentaires, les meilleurs compétiteurs dépassaient 60 km/h sur certaines descentes.

Une véritable station de ski… à Arcachon.
Le Ski-Club Arcachonnais ne se contentait pas d'organiser quelques démonstrations. La piste comportait un slalom, un tremplin de saut et accueillait des compétitions officielles.À partir de 1947, Arcachon figure même au calendrier de la Fédération française de ski. Chaque premier dimanche de septembre, la station accueille une épreuve nationale aux côtés des grandes stations de montagne.En 1960, le club compte près de 500 membres actifs. La piste fonctionne deux après-midis par semaine, le jeudi et le dimanche, et attire également de nombreux vacanciers venus découvrir cette discipline insolite.Des champions sur les aiguilles de pinLe ski sur grêpin attire plusieurs grands noms du ski français.Le champion Vignolles, plusieurs fois sacré champion de France de descente dans les années 1930, y participe régulièrement. La championne du monde Lucienne Schmidt-Couttet vient également skier à Arcachon, tout comme Annie Famose et Isabelle Mir, futures médaillées olympiques.Même l'équipe de France de saut à ski s'entraîne ponctuellement sur le tremplin arcachonnais.La fin d'une aventure originaleAu tournant des années 1970, l'aventure prend fin. Les remontées mécaniques tombent en panne, les moniteurs quittent progressivement la station et l'entretien de la piste devient difficile.Dans le même temps, les stations des Pyrénées se développent rapidement et offrent des conditions de ski incomparables. Le ski sur grêpin disparaît peu à peu, laissant derrière lui le souvenir d'une activité unique en France.

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